Pratipakṣa̍bhāva̱nam: Présenter l’autre joue

Pratipakṣa̍bhāva̱nam: Présenter l’autre joue

(Yoga Sutra II.33-34)

Ayant élaboré le code de conduite relationnel (Yama) et personnel (Niyama), Patanjali, réaliste,

comprend que l’adversité fait partie de ce monde. Il nous donne ici un outil pour la surmonter.

II.33 vitarkabâdhane pratipakshabhâvanam: Si les sentiments oppressants (bâdhane) perturbent notre mental, on doit faire apparaître (bhâvanam) la pensée contraire (pratipaksha). Il faut toujours réfléchir aux conséquences des mauvaises actions.

Dans la vie, l’adversité apparaît partout, sous forme de compétition dans la recherche d’un nouvel emploi; sous forme d’affront lorsqu’on vous insulte; sous forme de mépris si on prend votre place dans une file d’attente. Que vous le vouliez ou non, l’adversité est inhérente au quotidien. Le secret consiste à ne pas s’y opposer, mais plutôt à savoir la gérer.

L’adversité prend parfois naissance entre des personnes. Cette adversité relationnelle est une question d’attitude et celui qui sait « tendre l’autre joue » saura la faire disparaître. De grands maîtres tels que Jésus et Gandhi ont maîtrisé cet enseignement de la non-violence en ne répondant jamais « oeil-pour-oeil dent-pour-dent ». En effet, pour contrer une relation malveillante, il vaut mieux conserver une attitude mentale et morale plus noble que celle de l’assaillant.

Les sentiments oppressants (bâdhane) dont parle Patanjali sont ces fluctuations mentales qui vous assaillent et ne vous quittent pas, des souvenirs de disputes qui ne cessent de revenir à votre mémoire; des remords de votre parole blessante lancée trop rapidement; des actes déraisonnables qui ont dépassé votre pensée.

Le Sutra II.33 vous propose de contrer l’adversité là où elle fait mal, au niveau de votre mental, en cultivant la pensée contraire. Il ne sert à rien d’entretenir la rancoeur, la rancune ou le remord, il faut semer dans votre mental, les pensées positives qui permettent d’aller de l’avant. Patanjali nous incite à éviter à tout prix la colère et les actes irraisonnés (sutra II.34). Agir avec violence dans un esprit de revanche ne fait que semer dans votre mémoire des fruits qui vous tortureront à jamais. “La violence, c’est un manque de vocabulaire”, disait Gilles Vigneault. Aussi, Patanjali suggère de ne faire violence ni aux autres, ni à soi-même.

Une petite anecdote: En Inde, un soir de pluie, alors que je rentrai en Rikshaw (petit taxi indien à trois roues) à mon appartement, le chauffeur voulut sans doute, à cette heure tardive, équilibrer son budget et me demanda le double du tarif habituel. Avec un vocabulaire peu flatteur, je lui fis comprendre avec mon meilleur anglais d’accepter mon paiement sans rouspéter et je partis sans prendre le temps d’écouter sa réplique. Quelques minutes plus tard, je m’aperçus que j’avais oublié dans son taxi mon sac d’étude et tous mes livres. La contrariété et l’adversité m’ont rongé toute la nuit, j’étais certain d’avoir tout perdu. Le lendemain matin, je racontais piteusement mon histoire à mon ami indien qui m’affirma que le code d’honneur des conducteurs était de rendre service aux clients. Une heure plus tard, on me fit demander à la porte de la classe où m’attendaient le chauffeur, son patron et le chef des rikshaws. Le chauffeur tenait dans ses mains mon précieux sac et attendait de l’autre, une certaine rétribution qui fut de ma part, cette fois-ci fort généreuse. J’avais oublié l’adversité malsaine, et le chauffeur que j’avais insulté avait fait de même. Cette situation humiliante se transforma en un fait cocasse que je suis heureux de vous raconter aujourd’hui. Quelle belle leçon de yoga! Depuis ce temps, j’essaie autant que possible de présenter le meilleur côté de moi-même en toutes situations.

Daniel Pineault – Formé en Inde avec la famille Desikachar. Reconnu par la Fédération Francophone de Yoga, Formateur honorifique du CTY, il se spécialise dans l’enseignement des Yoga Sutra, du Pranayama, de la Méditation, du Chant Sanskrit et de la Consultation Individuelle. www.leyogacentre.com à St-Hyacinthe.

Auteur de l’article : yogamond

Laisser un commentaire