Duhkha : Le rôle de la souffrance pour mieux trouver la solution!

Rédigé par | Nouvelles Yoga, Yoga-Sutra

Par Daniel Pineault

Yoga Sutra 1.31 à 1.39

Dans ce monde de communications omniprésentes, il est difficile d’affirmer que la souffrance est bonne, sans s’attirer de nombreux ennemis. Personne n’aime souffrir, pourtant derrière la souffrance se cachent parfois de grandes leçons de sagesse. Selon le yoga, Duhkha peut devenir le meilleur tremplin pour trouver la juste solution. Il nous force à avancer, à emprunter un autre chemin lorsque l’ancienne voie n’est plus possible.

Évidemment, on ne doit pas créer la souffrance, mais plutôt chercher à l’éviter (Heyam) en identifiant d’abord sa cause (Hetu) et en trouvant ensuite les solutions (upayam) pour l’éliminer. L’identification de symptômes indicateurs de malaises détectables chez le pratiquant de yoga nous aide à amorcer ce processus avant que la souffrance ne puisse prendre racine.

Notre corps nous parle.
Notre « non verbal » en dit long sur ce qui se passe en dedans de nous.

Pour celui qui sait lire le corps, tout est visible, il s’agit juste d’observer attentivement. Le Sutra 1.31 dresse une liste des symptômes confirmant l’activité des obstacles.

Même si l’adepte n’est pas en mesure de suspecter lui-même la présence d’obstacles, certains symptômes indiquent que quelque chose ne fonctionne pas correctement. Il est quasiment impossible de camoufler nos réactions face à l’adversité, au désappointement, à la menace.

Le yoga est souvent considéré comme la mère des médecines douces, en grande partie à cause du concept qui établit le lien entre notre attitude mentale intérieure et les réactions de notre corps physique. Patanjali affirme que nos constituants physique, énergétique, mental, cognitif et spirituel sont interactifs et interreliés. Il y a 2 500 ans, cette connaissance prévalait déjà chez les Rishis.

YS I.31duḥkha daurmanasya aṅgamejayatva śvāsapraśvāsh vikśepasahabhuvaḥ
Les symptômes observables chez les personnes mentalement agitées ou dispersées sont : la souffrance, la pensée négative, l’agitation corporelle et la respiration irrégulière.

En consultation ou dans le cadre d’un cours, le yogi thérapeute se sert de ces symptômes pour diagnostiquer un problème, identifier sa cause et éventuellement trouver une solution.

Le texte de Patanjali propose ici des solutions très concrètes
Sutra I.32 … ekatattvābhyāsaḥ…
Pour éliminer de tels obstacles, il faut savoir se concentrer sur un seul (eka) principe (tattva) à la fois en donnant la priorité à ce qui est le plus important à régler.

Sutra 1.33 …maitri karuna mudita upekshanam…
Pour trouver la paix, il faut adopter l’attitude juste face à l’aisance et au malheur, être à l’aise dans les relations avec ceux qui nous veulent du bien et ceux qui nous indisposent. Les relations tumultueuses agitent constamment l’esprit tandis que les bonnes relations favorisent la tranquillité intérieure.

Sutra 1.34… pranaya …
La solution peut être dans l’observation du souffle. Pour un yogi, maîtriser son souffle équivaut à maîtriser ses pensées, dans plusieurs traditions, le souffle est l’outil le plus direct pour la maîtrise du mental.

Sutra 1.35 …manasah sthiti nibandhini…
L’observation des facultés sensorielles oriente le mental et apaise l’esprit.

Plusieurs techniques méditatives sont basées sur les sens tels que l’audition (mantra), la concentration visuelle (trataka), le toucher (mudra), les gestes symboliques (nyasa) pour n’en nommer que quelques-unes.

Sutra 1.36 …vishoka va jyotish mati …
Retrouver en soi un lieu exempt de souffrance fait naître la lumière intérieure.

Sutra 1.37 …vita raga…
Se rapprocher de l’état sans désir ou rencontrer une personne vivant l’état de non-désir est satisfaisant pour le mental.

Sutra 1.38 …Svapna nidra…
L’étude des rêves peut apporter des pistes de solutions sous forme d’intuitions et de prémonitions, car ils sont souvent révélateurs de nos états intérieurs.

Sutra 1.39 …Yatha abhimatha…
Finalement, tout objet digne d’enquête profonde peut servir à apaiser le mental. Par exemple, l’observation paisible d’un coucher de soleil; observer un enfant dormir dans ses bras; vivre l’expérience absorbante de la posture, du pranayama ou suivre la démarche aux 8 membres des Yoga Sutras de Patanjali sont autant de propositions qui favorisent la paix mentale.

La prochaine fois que vous vous sentirez nerveux sans trop savoir pourquoi, cherchez à déceler en vous ces symptômes et essayez d’en identifier la cause. Des actions concrètes telles que la modification du style de vie,

l’adaptation de votre alimentation ou l’adoption d’une pratique régulière de yoga, pourront sans doute vous aider à améliorer votre situation. Lorsque le problème est bien identifié, l’honnête chercheur trouve toujours une solution.

Daniel Pineault est enseignant et co-fondateur du Yoga Centre à St-Hyacinthe. Il a étudié en Inde avec la famille Desikachar, il est formateur reconnu par la Fédération Francophone de Yoga et spécialiste de l’enseignement des Yoga Sutra, du pranayama, de la méditation yoguique et du chant sanskrit. Il est auteur de quelques CD audio afin d’aider à faire connaître les Yoga Sutra en Sanskrit et en français. www.leyogacentre.com

Dernière modification: septembre 17, 2019

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