Les saisons du corps (automne)

Par Marianne Durand

« Vata, Pitta, Kapha : les doshas sont à l’organisme ce que les saisons sont à la terre »
En été, notre appétit est souvent moins fort… À l’automne, nous nous sentons pleins d’énergie… En hiver, nous dormons plus, et l’appétit pour des aliments consistants s’accroît… Mais qu’en est-il exactement du lien entre les saisons et notre métabolisme ? En quoi les saisons influencent-elles notre forme et notre alimentation ? Comment être davantage en harmonie avec notre environnement naturel ?

L’Ayurvéda perçoit l’être humain comme un microcosme en symbiose avec son environnement, le macrocosme. Tout ce qui se produit dans l’univers a son écho dans l’individu. Le mode de vie moderne affaiblit souvent ce lien intime de l’être humain avec le cosmos… Seules les saisons nous rappellent à quel point nous sommes une partie intégrante de la puissante Nature.

Surtout au Québec, qui oserait ignorer notre somptueux hiver ?
De la même manière que la terre vit au rythme des saisons, notre organisme humain fait l’expérience intérieure des conditions atmosphériques. Les doshas (Vata, Pitta, Kapha) sont des combinaisons des différents éléments dans l’organisme : terre, eau, feu, air, espace. À chaque saison, certains de ces éléments sont dominants dans la nature : dans les aliments qu’elle nous offre, dans l’atmosphère, dans les conditions de l’humidité et de température… Par conséquent, les doshas associés à ces éléments augmentent dans l’être humain ; corps, mental et esprit.

« Dans l’univers, rien n’est statique ; la Vie est une alternance de phases d’expansion et de contraction. »

Par exemple, dans la chaleur de l’été, les éléments dominants de l’environnement sont l’air et le feu, surtout si l’été est sec. Durant cette saison la nature, offre une plus grande proportion de légumes piquants (ail, oignon, piment…) ; le goût piquant est formé des éléments air et feu. Donc, Vata (air) et Pitta (feu) augmentent dans l’organisme pendant cette saison. Si un individu a déjà une constitution Pitta*, et un mode de vie qui augmente le Pitta (activité intense, stress, consommation de stimulants…), des risques de déséquilibres liés à l’excès de Pitta sont à prévoir : inflammations, problèmes de peau, hyperacidité…etc.

Au seuil de l’hiver, la pluie hésite à se transformer en neige. L’eau est l’élément dominant, après les pluies de l’automne, et la terre qui n’est pas encore gelée. On consomme les carottes, les courges et citrouilles récoltées à la fin de l’automne, au goût sucré. Le Kapha, formé de ces deux mêmes éléments (eau et terre), augmente dans notre organisme. Pour ceux qui ont une constitution à dominante Kapha*, et un mode de vie qui augmente le Kapha (inactivité, sédentarité, consommation excessive d’aliments sucrés et salés…), l’aggravation est possible : surpoids, rétention d’eau, rhume et congestion, maux de tête…
Puis la neige s’installe, le vent et le froid se conjuguent pour dessécher l’atmosphère. Dans la seconde partie de l’hiver, de la mi-janvier à la mi-mars, les éléments air et espace dominent. Battue par les vents glacials, la végétation devient sèche, rugueuse, la vie se rétracte au cœur de la graine. Dans nos garde-manger, les aliments secs sont à l’honneur : grains et noix. Air et espace, c’est le Vata qui augmente dans chacun de nous. Pour ceux qui ont une constitution nettement Vata*, et un mode de vie qui aggrave le Vata (hyperactivité physique, intellectuelle et sociale, voyages, changements et absence de routine…), le déséquilibre est possible : agitation mentale et confusion, douleurs physiques, insomnie, constipation…

L’Ayurvéda recommande une cure (panchakarma) pour éliminer les excès de Pitta et de Vata à la fin de l’automne (20 octobre au 20 novembre) et l’excès de Kapha à la jonction de l’hiver et du printemps (21 mars au 21 avril).
*Pour déterminer votre constitution ayurvédique, rendez-vous en ligne sur le site de www.yogamondo.com

Les six goûts dans l’Ayurvéda
L’Ayurvéda distingue six goûts dans nos aliments. Le sucré représente environ 80 % de tous les aliments disponibles dans la nature. Viennent ensuite le salé, l’acide, l’astringent, le piquant et l’amer.

Le goût sucré (éléments terre et eau) est le goût le plus satisfaisant, il stimule la croissance et l’ancrage, et apporte une sensation de bien-être. Outre les édulcorants (sucre, miel, fruits…), on compte aussi : les céréales (blé, riz, orge, maïs, millet, avoine), les noix (coco, amandes, cajou, cacahuètes, etc…), les graines et huiles (tournesol, olive…) et de nombreux produits animaux (viandes, poissons, produits laitiers…).

Le goût salé (éléments feu et eau) est réchauffant et digestif : le sel, les algues, les noix salées, les chips et autres aliments industriels.

Le goût acide (éléments terre et feu) stimule la digestion : les prunes umeboshi, le citron, les fruits acides, le vinaigre et les aliments conservés dans le vinaigre (cornichons…).

Le goût astringent (éléments air et terre) a un effet refroidissant, il limite le feu digestif et laisse une sensation râpeuse dans la bouche : grenades, bananes pas mûres, tanins. Parmi les aliments astringents, on trouve les légumineuses (haricots secs, lentilles, pois chiches….), les pâtes alimentaires de blé, les groseilles, les fruits pas encore mûrs et certains légumes : artichauts, asperges, tous les choux, courgettes, épinards, navets…

Le goût piquant (éléments air et feu) comprend les légumes piquants : ail, oignon, gingembre, poireau, radis, piment fort, moutarde… et des condiments dérivés.

Le goût amer (éléments air et éther) est le goût le plus refroidissant et léger, il est aussi assez asséchant : les pissenlits et les légumes verts à feuilles. Les épices amères peuvent aussi être utilisées : fenugrec, curcuma, cumin, feuilles de curry. Ce goût seul étant rarement apprécié, il est associé à d’autres goûts (comme dans l’aubergine, le chocolat, le sésame…).

22 novembre au 9 décembre : Yama Damstra
Du solstice d’été au solstice d’hiver, le soleil prodigue davantage d’énergie à la terre, c’est la période de l’année au cours de laquelle l’organisme humain se renforce. Du solstice d’hiver au solstice d’été, au contraire, l’organisme est affaibli : non seulement par le manque d’énergie solaire, mais aussi par l’assèchement dû au vent et des changements de température drastiques. Tous les changements demandent un ajustement au corps comme au mental. C’est pourquoi l’organisme est plus vulnérable aux maladies aux jonctions de saisons.
À la veille du solstice d’hiver, le corps est à son plus fort, après six mois d’énergie solaire bénéfique. Et pourtant, du 22 novembre au 9 décembre, c’est Yama Damstra : Yama est le Seigneur qui accueille les défunts. Pourquoi est-ce la transition la plus difficile de l’année ? L’énergie spécifique à cette période porte une charge de peur, propre à déranger notre équilibre mental. Pour traverser cette période clé en santé, physiquement, mais surtout mentalement, notre pratique doit être renforcée : méditation, prières, mantras, relaxation… Pendant cette période où la déprime nous guette, tous à nos tapis de pratique !

Soupers de début d’hiver (mi-novembre à mi-janvier) pour chaque constitution  
En début d’hiver, l’Ayurvéda nous invite à diminuer les apports en aliments sucrés. Selon notre type, on peut donc réduire d’une portion les céréales et diminuer les apports en sucre (surtout raffiné).
On augmentera légèrement les autres goûts, selon sa constitution :
Pour les individus Vata*, on privilégiera le salé et l’acide.
Pour les constitutions Pitta*, on augmentera les aliments amers et astringents, notamment les légumes verts et certaines épices : safran, curcuma, aneth
Pour les constitutions Kapha*, on choisira davantage d’aliments amers et astringents ainsi que des aliments piquants (gingembre frais et en poudre, graines de moutarde, anis…)

… pour les Vata
• Soupe à l’oignon umeboshi et Brie fondu sur une baguette au levain
(6 portions)
4 oignons, épluchés et émincés très finement
2 c. à s. de ghee (ou de beurre)
2 c. à s. d’huile de carthame, d’arachide ou de sésame (non grillé)
2 c. à s. de pâte d’umeboshi (prunes japonaises en saumure, condiment acide et salé)
1 c. à s. de farine de blé
1 litre d’eau bouillante
Poivre du moulin
Dans une poêle, faire fondre ensemble le ghee et l’huile. Faire revenir les oignons à feu doux, jusqu’à ce qu’ils soient fondants et dorés. Ensuite, ajouter la farine, mélanger, laisser cuire quelques minutes en tournant. Ajouter un peu d’eau chaude, bien mélanger pour éviter les grumeaux. Verser le reste de l’eau bouillante, le poivre, et laisser mijoter – toujours à feu doux – environ 20 minutes. Avant de servir, ajouter la pâte d’umeboshi et bien mélanger. Servir avec le brie fondu sur une baguette au levain.

… pour les Pitta 
• Potage du jardin d’hiver et pâtes blanches de blé, arrosées d’huile de coco, miettes de tofu et coriandre fraîche
(6 portions)
1 poireau émincé
2 pommes de terre, épluchées et coupées en cubes
1 tasse de kale émincé
1 tasse de brocoli coupé en petits bouquets
½ tasse de fenouil émincé
½ tasse de lentilles rouges
1 c. à s. d’huile de coco
1/2 c. à c. de graines de cumin
1/2 c. à c. de coriandre en poudre
1 litre (4 tasses) d’eau
Sel et poivre au goût

Faire revenir dans l’huile les graines de cumin et la coriandre en poudre. Ajouter le fenouil et le poireau, faire revenir quelques minutes. Ajouter les autres légumes, les lentilles et l’eau. Amener à ébullition, puis réduire le feu et laisser cuire une vingtaine de minutes avant de mixer.

… pour les Kapha
• Jardinière blanche : soupe mixée de poireaux, pommes de terre, oignons, ail, chou-fleur, champignons, navets.
• Kasha cuit (sarrasin grillé), tempeh au four

Soupers du cœur de l’hiver (mi-janvier à mi-mars) pour chaque constitution  
Dans la seconde partie de l’hiver, c’est le goût amer que l’on doit réduire. Les aliments amers étant très rares dans l’alimentation moderne, ce sera une résolution de Nouvel An facile à tenir ! Sauf peut-être pour le chocolat, considéré néfaste par l’Ayurvéda pour tous les types de constitutions, car il excite le Vata, encourage l’acidité chez le Pitta et la congestion chez le Kapha. Les goûts à privilégier seront :
Pour les Vata, toujours l’acide et le salé.
Pour les Pitta, le sucré, ainsi que le salé et l’acide avec parcimonie.
Pour les Kapha, l’astringent et le piquant (épinards crus, navets, épeautre, radis noir, marjolaine, origan)

… pour les Vata 
• Potage de citrouille aux épices (muscade, cannelle, gingembre) servi avec de la crème sûre, et riz complet nappé d’une sauce brune (diluer dans un peu d’eau chaude du beurre de macadamia et de la sauce soja)

… pour les Pitta 
• Bortsch et quinoa cuit
(6 portions)
2 betteraves moyennes, épluchées et coupées en petits cubes
2 grosses patates (ou trois moyennes), épluchées et coupées en petits cubes
1 tasse de chou émincé
1 branche de céleri, émincé finement
1 oignon, épluché et émincé très finement
1 tasse de petits haricots blancs, déjà cuits (« cocos »)
4 c. à s. d’huile de coco
3/4 c. à c. de graines de carvi (ou de cumin)
1 à 2 c. à soupe de sirop d’érable
1 c. à s. de vinaigre de cidre ou de jus de lime (mais pas de jus de citron, qui aggrave le Pitta)
1 bouquet d’herbes fraîches hachées, une sorte (au goût) ou plusieurs mélangées : feuilles de fenouil, d’aneth, de coriandre, de menthe
1 litre (4 tasses) d’eau
Sel au goût

Dans une casserole, amener les betteraves, le chou et l’eau à ébullition en couvrant. Baisser le feu et laisser cuire. Après 10 minutes, ajouter les patates et laisser encore 10 minutes. Pendant ce temps, dans une poêle, faire revenir à feu doux le céleri, les oignons et les graines de carvi dans l’huile de coco, jusqu’à ce que les oignons soient tendres et dorés. Incorporer le mélange d’oignon à celui de betteraves. Ajouter les haricots blancs, le sirop d’érable, et laisser mijoter le tout une dizaine de minutes. Avant de servir, ajouter le vinaigre de cidre, le sel et les herbes fraîches. Servir avec de la crème sûre*.
*L’acide de la crème sûre augmente le Pitta, mais la fin de l’hiver est la seule saison où le goût acide est recommandé, sans excès.

… pour les Kapha
• Chili végé aux azukis, et millet cuit
(6 portions)
1 tasse d’azukis (petits haricots rouges) trempés 12 heures dans l’eau froide
1 aubergine moyenne, coupée en petits cubes (avec la peau)
2 branches de céleri, émincées
1 tasse de kale, haché en fines lanières (enlever les tiges centrales)
1 poivron rouge, coupé en petits cubes
1 oignon moyen, haché
1 c. à c. de chili en poudre
3/4 c. à c. curcuma
3/4 c. à c. de cumin en poudre
3 gousses d’ail, épluchées
1 morceau de gingembre (de 3 cm), épluché
½ tasse de feuilles fraîches hachées, au choix : origan, marjolaine, coriandre, persil
2 c. à s. de jus de lime
4 c. à s. d’huile de canola ou de tournesol
1 morceau d’algue kombu (pour aider la cuisson des haricots)
6 tasses d’eau (1,5 litre)
½ c. à c. de gros sel

Dans une marmite, faire revenir l’oignon dans une cuillerée d’huile quelques minutes, puis ajouter les épices en poudre (cumin, chili, curcuma). Ajouter l’eau, les azukis et le kombu, laisser cuire 30 minutes. Pendant ce temps, dans une poêle, faire revenir le céleri et l’aubergine avec le reste de l’huile. Dans un pilon, écraser ensemble le gingembre, l’ail et le gros sel pour former une pâte. Ajouter cette pâte aux aubergines, puis ajouter le poivron. Mélanger et laisser cuire à feu doux quelques minutes. Incorporer le contenu de la poêle à celui de la marmite. Ajouter le kale et laisser mijoter le tout 30 minutes. Avant de servir, redresser l’acidité avec le jus de lime et garnir d’herbes fraîches.

Conseils de l’Ayur-chef pour éviter les mauvaises combinaisons alimentaires … et passer au travers des Fêtes sans trop de dommages.
Brûlures gastriques, ballonnements, appétit irrégulier… Si votre feu digestif n’est pas parfaitement en équilibre, vous faites partie de la grande majorité de la population qui souffre d’indigestion à divers degrés. Votre métabolisme, ou feu digestif, peut être excessif, ce qui se caractérise par une faim intense, des brûlures gastriques ou de l’hypoglycémie
À l’inverse, si votre métabolisme est lent, des sensations de lourdeur, de la congestion, du surpoids peuvent survenir. Le feu digestif peut aussi être irrégulier, alternant les périodes d’hypermétabolisme et d’hypométabolisme.
Une façon d’aider le feu digestif dans sa tâche, de manière préventive et même s’il est en équilibre, est d’éviter les combinaisons alimentaires qui nuisent à la digestion. En effet, il arrive souvent que deux aliments, hautement recommandés par l’Ayurvéda séparément, deviennent toxiques lorsque combinés dans un même repas. Leurs effets opposés rendent la tâche trop complexe pour le feu digestif, le système enzymatique est débordé et la digestion ne s’opère pas complètement, ce qui se traduit par une production de toxines.

Recommandations générales :
Changez vos habitudes alimentaires progressivement ! Adoptez un conseil à la fois, observez votre digestion et découvrez ce qui est bon pour vous… Une « mauvaise » combinaison alimentaire, notamment lors d’un repas social, ne nuit pas à la digestion à condition qu’elle ne se répète pas trop souvent.
Utiliser les épices et les herbes en quantité, notamment celles qui sont bénéfiques à toutes les constitutions : cumin, coriandre, fenouil, menthe, persil, safran, curcuma, cardamome*, cannelle*, gingembre frais*
Éviter de manger des aliments crus et des aliments cuits au cours du même repas : préférez une salade pour le dîner, des fruits en collation et un repas du soir entièrement cuit.
Éviter de consommer des restes réchauffés et des aliments frais au cours du même repas. Préférez les aliments frais et ne réchauffez jamais plus d’une fois un mets.
Certains « antidotes » minimisent les effets négatifs de certains aliments : une pincée de poudre de cardamome dans le café et le thé les rend moins épuisants pour l’organisme ; du ghee** et du poivre noir sur les patates diminuent les ballonnements et les gaz…
Faire cuire tous les aliments dans un même pot leur permet de se mélanger et rend leur combinaison plus digeste. La soupe-repas est ainsi un excellent choix.

Ingrédients spécifiques incompatibles :
Le lait avec les fruits. La crème est une partie du lait, alors mieux vaut éviter la crème fouettée sur la salade de fruits et des gâteaux au fromage… Le fruit le plus incompatible avec le lait est la banane, suivi des cerises, du melon et des fruits acides.
Les céréales avec des fruits crus. Les farines, le pain, les flocons, les biscuits… ne font pas bon ménage avec les fruits frais (ou congelés).
Les légumineuses (lentilles, haricots secs, pois chiches…) avec les viandes, poissons, fromages et œufs. Adieu cassoulet, couscous, lentilles aux lardons et autres festins hyperprotéinés !
Les œufs avec le lait. Aïe pour les crêpes et autres pâtisseries… Bon, une fois de temps en temps, c’est acceptable, et après les Fêtes, on cherchera des recettes sans œufs ou sans lait !
Les pommes de terre avec les produits laitiers. Cela sonne le glas du gratin dauphinois… À moins de faire la sauce au lait de soja.
Le yogourt (acide) avec les fruits, les œufs, le lait et les tomates. Le yogourt glacé ou épais, même seul, n’est pas recommandé par l’Ayurvéda. Mais dilué et épicé, il devient un lassi bénéfique.
*À utiliser avec parcimonie en cas de constitution à dominante Pitta.
**Beurre clarifié, à faire soi-même ou à acheter dans les épiceries indiennes.

Dernière modification: septembre 9, 2019

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