Ne tirez pas la deuxième flèche!

Rédigé par | Méditation, Méditation 101

Le Bouddha a enseigné que la douleur physique est comparable au fait d’être touché par une flèche. La plupart de ceux qui expérimentent cette douleur y ajoutent une couche de souffrance émotionnelle. L’angoisse devant la douleur est comparable au fait d’être touché par une seconde flèche. Comment éviter de tirer la deuxième flèche?

Le Bouddha pose la fameuse question: « Si vous êtes frappé par une flèche, allez-vous vous tirer une autre flèche sur vous-même? » Bien que nous ressentions habituellement la douleur physique comme un phénomène unique, elle est en réalité composée d’éléments distincts qui incluent la sensation ellemême et une part d’aversion que nous appelons souffrance. L’impact de la deuxième flèche est dû à notre résistance.

Le Dr Siegel, spécialiste du traitement des douleurs chroniques du dos, est convaincu que la plupart des douleurs chroniques du dos sont dues à des tensions musculaires plus qu’à des problèmes structurels du corps. “Et le simple fait de porter une attention anxieuse à la douleur augmente l’expérience de la douleur”, dit Siegel. “Ces problèmes sont entretenus par la peur du problème.”

Il préconise la pratique de la pleine conscience qui n’est toutefois pas une panacée. Ironie du sort, Siegel était déjà un pratiquant bouddhiste au moment où il a été terrassé par un mal de dos qui l’a obligé à rester pratiquement couché pendant des mois.

Que dit le Bouddha ?

Le Bouddha raconte l’histoire d’un homme qui reçoit une flèche et en ressent la douleur, puis se met en colère pour avoir reçu cette flèche. Par conséquent, il ressent deux douleurs : une douleur physique et une douleur mentale.

De la même façon, nous nous torturons quand nous n’acceptons pas ce qui nous arrive. La seconde flèche atteint un endroit déjà blessé par la première flèche.

En fait, nous refusons tout simplement d’accepter la première flèche et lançons nous-mêmes la seconde flèche.

Durant notre existence, nous nous créons des désirs et nous tentons de les réaliser. Mais il y aura inévitablement des échecs entraînant des tourments et de la peine. Le Bouddha complète son histoire au sujet des deux flèches en imaginant que la personne ne reçoit pas la seconde flèche. Elle est touchée par une flèche mais n’en ressent aucune tristesse ou colère, et ne se lamente pas. Elle ne souffre que de la douleur physique et non mentale. L’acceptation n’est pas la passivité. C’est comprendre que les choses sont comme elles sont, les reconnaître, et de là, en tenant compte de la situation, une action juste pourra être accomplie.

« La douleur est inévitable, mais la souffrance est facultative. »

La première flèche découle d’événements inévitables qui surviennent dans la vie: les accidents, les insultes, les rejets, les pertes, les séparations, le vieillissement, la maladie, etc. La deuxième forme de détresse réside dans nos réactions mentales: « Pourquoi moi? C’est injuste. Comment puis-je changer cela? Que va-t-il se passer maintenant? »
Cette deuxième flèche agit lorsque nous :
1) blâmons les autres de nous avoir tiré dessus,
2) nous lamentons sur notre condition humaine,
3) nous réfugions dans les distractions et les plaisirs à court terme: la nourriture, le travail, la télévision, le sexe, la drogue et l’alcool …
À leur faço
n, toutes ces approches nous distraient, jusqu’à ce qu’elles nous laissent tomber. La solution est de les mettre de côté et de s’occuper directement et immédiatement des sentiments désagréables que la première flèche génère. « Qu’est-ce que cela fait que d’être rejeté? abandonné? critiqué ? çu ? » Certes ce n’est pas agréable, mais si nous restons avec ces sensations, nous verrons qu’elles ne sont pas aussi accablantes que nous le pensions; et avec compassion et attention, peu à peu le corps se relaxe, l’esprit devient moins agité, et les impressions surgissent et passent.

Ne tirez pas la deuxième flèche!

Susan Bernstein raconte qu’elle « était tellement excitée par un atelier de yoga », que lorsqu’elle apprit qu’il était annulé, elle se mit en colère : « Je déteste avoir à reporter. Qui l’a annulé et pourquoi? » Et une autre femme se tourna vers elle et lui demanda : « Avez-vous vraiment besoin de tirer une deuxième flèche? » Sur le coup, elle ne comprit pas, ressentit un mélange de confusion et de curiosité et demanda : « C‘est quoi la deuxième flèche? »
La deuxième flèche, lui expliqua la dame, représente notre réaction à un événement difficile. C’est notre réponse émotionnelle.

Comment éviter la deuxième flèche?

D’abord, remarquez la première flèche. Sentez la douleur qu’elle crée. Attrapez l’impulsion de la seconde flèche, comme crier après quelqu’un, se plaindre, blâmer. Juste prendre conscience de cette envie, de cette intention, et remarquer votre réaction. C’est généralement un désir tourné vers l’extérieur ou s’en vouloir à soi-même.
Enfin, demandez-vous, « Ai-je besoin de tirer la deuxième flèche? » Apprenez un nouveau modèle de réponse.

Idée de pratique hebdomadaire:
Cette semaine, quand vous ressentirez une douleur
émotionnelle ou une contrariété, demandez-vous : « Suis-je encore face à la première flèche de la souffrance, ou suis-je en train de m’envoyer la seconde? »

Répondre plutôt que réagir

L’élément clé de la pratique est de parvenir à faire une pause juste après avoir été atteint par la première flèche afin de ne pas tomber dans un cycle de réactivité. La guérison et la liberté viennent de la non-prolifération de nos pensées. « Avez-vous la patience d’attendre que votre lac se calme, que la boue se dépose et que l’eau soit claire? Pouvez-vous rester immobile jusqu’à ce que la bonne réponse surgisse d’elle-même? » Dans le Sûtra de la Flèche, le Bouddha dit: « Nous nous accrochons aux distractions, plutôt que d’observer ce qui est réellement présent, l’apparition et le dépassement des sentiments. » Ainsi, au lieu de nous détourner de nos émotions, nous devrions nous tourner vers elles.

Vent

Pour l’auteur Alan Watts, « Nirvana » signifie « vent » en sanskrit. Dans la méditation, nous nous concentrons sur la respiration et c’est en expirant que la personne est censée lâcher prise. « Tu laisses aller le vent et il te revient », dit-on. Mais si vous retenez votre souffle, vous luttez. Donc, le nirvana est simplement l’acte de lâcher prise, alors que notre réaction habituelle serait de l’anxiété et de s’agripper encore plus fort. Nous savons que nous tomberons malades, que nous échouerons, que les gens mourront autour de nous et que nous mourrons nous-mêmes. Mais un tel événement est une notion abstraite, jusqu’à ce qu’il survienne. Et là nous sommes assommés. Cela devient réel et nous sommes dévastés. Nous ne pouvons pas croire que nous sommes si malchanceux, que la situation nous paraît injuste et on cherche un responsable. Voilà alors la deuxième flèche qui exacerbe le problème.

Pas vent

Selon Joseph Campbell, le mot « Nirvana » signifie littéralement « pas de vent ». Contrairement à l’exemple de Watts, pour lui c’est l’endroit sans vent. En regardant sur la surface d’un lac calme, vous pouvez voir votre reflet, mais lorsque le vent souffle, les ondulations de l’eau déforment l’image. Vous ne voyez plus la réalité telle qu’elle est. Donc le nirvana est l’endroit sans vent. Si nous sommes confrontés à une crise, nous pouvons éclaircir notre esprit et choisir la bonne façon de réagir, plutôt que d’attaquer.

sources : vipassanasangha.free.fr, larbredeleveil.org, dharmapunxnyc.com, Huffingtonpost, blog.tarabrach.com,

Dernière modification: octobre 30, 2018

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