Madan Bali, un docteur antistress à 94 ans

Rédigé par | Yoga

Jeune de 94 ans et d’origine indienne, Dr Bali enseigne le yoga à Montréal depuis presque un demi siècle . Cet homme qui considère notre corps come une « pharmacie naturelle » a une façon totalement unique d’enseigner physiquement et mentalement cet art millènaire. Reconnu internationalement, il est le seul dont les cours sont remboursés par une compagnie d’assurance, pourtant, son studio contient à peine 12 personnes. Rencontrons-le.

Madan Bali

Un Nano Studio

La première chose qui frappe lorsqu’on pénètre dans le studio Bliss du Dr Bali est que le studio de ce grand professeur est minuscule.
Un nano-studio au rez-de-chaussée d’un immense immeuble luxueux. Ensuite vous entrez en Inde, l’esprit indien est partout présent, les décorations, l’encens, les rangements, les valises, les serviettes éponges rouges déjà placées au sol.

L’homme parle du yoga avec un amour immense. Il représente le yoga, il est le yoga, il est ce que le yoga a à offrir de plus beau, de plus grand.
On reproche souvent au milieu du yoga, dont les médias (donc nous-même), d’arborer des mannequins blonds et filiformes comme étendards du yoga, totalement opposé à l’humble yogi qui ne cherche pas les lumières. À l’avant-scène du yoga, ces psuedo-yogis paradent et sont surexposés pour vendre la tradition millénaire.

Avec son homologue new-yorkais et indien, Dharma Mittra, il semble partager la caractéristique essentielle du yogi : l’humilité, tous les deux ont une façon de servir le yoga plutôt que de se servir du yoga. Modestes dans l’attitude, accessibles, ils incarnent l’esprit du yoga. Mais écoutons-le : « En Amérique du Nord, le yoga est un peu considéré comme une activité physique, un moyen de relaxer son corps, déclare le sage au Huffingont Post. Mais le vrai but du yoga, c’est d’atteindre l’esprit par le corps ».
Pour lui notre corps est une « pharmacie naturelle ». Dr Bali est réputé pour sa méthode antistress. Érudit en Vedanta, il possède aussi un doctorat en médecine complémentaire.
En 2010, il a participé à une première étude scientifique présentée au Congrès de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS), conduite par l’une de ses étudiantes, Dominique Lanctôt de l’UQAM. Elle-même atteinte du cancer du sein, elle a vite constaté les effets positifs sur sa santé après avoir suivi des cours individuels avec Dr Bali.
C’est depuis leur rencontre qu’elle décide de s’investir, dès 2007, dans cette recherche menée auprès d’une centaine de femmes ayant subi une chirurgie partielle du sein ou après une chimiothérapie.

Provenant de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, de l’Hôpital Pierre-Boucher, du CHUM et de la Cité de la santé de Laval, les patientes ont participé à huit sessions de yoga de 90 minutes, une fois par semaine, en petits groupes.
« Cette expérience prouve que nous avons le pouvoir de nous soigner nous-même », insiste Dr Bali. Regardez-moi. J’en suis l’exemple parfait, sourit le vieil homme. Ma tension tourne autour de 76 et j’ai une mémoire d’ordinateur ».

Quoi qu’il arrive, à partir de maintenant, tu iras déjà mieux
Andria, l’une de ses élèves, assiste à ses cours et après un mois, la femme de 47 ans décrit son expérience comme presque miraculeuse. « J’ai appris que j’avais le cancer du sein cet été, raconte-t-elle. J’étais tellement angoissée que j’ai tout essayé. Séances d’acupuncture deux fois par semaine, rendez-vous avec psychologues, psychothérapeutes… ».
La première fois qu’elle échange avec Dr Bali, l’homme la prévient : « Quoi qu’il arrive, à partir de maintenant, tu iras déjà mieux ». Depuis, Andria a l’impression d’être sous antidépresseurs.
« C’est comme s’il combinait la physique, la médecine traditionnelle et la philosophie du yoga, explique-t-elle. En seulement un mois, je dors mieux. Mes proches me trouvent rayonnante. Je suis dans un état d’esprit complètement différent. Je n’ai plus peur ».

Se préparer à la chimiothérapie
Dr Bali souhaiterait établir un programme de six semaines qui permettrait aux patients de se préparer à la chimiothérapie. L’idée serait d’apprendre à ces malades que leur corps est déjà tellement bien équipé qu’il peut changer le poison en nectar ».
Dr Bali croit que le yoga devrait faire partie du programme d’assurance-maladie du Québec. « Vous imaginez combien coûte une personne malade à l’hôpital ? demande-t-il. Si les patients apprenaient à prendre soin d’eux-mêmes, au lieu d’y rester un mois, ils pourraient rentrer chez eux au bout de 3 jours ».
Entre 2005 et 2010, le Canada a investi de 45 à 75 millions de dollars dans la recherche sur le cancer du sein.
« Le cancer du sein est l’un des cancers qui restent le plus financés, rappelle André Beaulieu, porte-parole de la société canadienne du cancer au Canada. Alors que le cancer du poumon est le tueur numéro un au Canada, on reçoit beaucoup moins d’argent pour cette recherche-là. De façon générale, la recherche sur le cancer du sein peut aussi faire avancer la recherche sur tout type de cancer ».

Sa vie
Née au nord de l’Inde, il développe un intérêt pour le chemin spirituel dès son plus jeune âge. Il immigra au Canada en 1969 et introduit à Montréal le Yoga dans plusieurs collèges, conseils scolaires, ainsi que dans les hôpitaux, les corporations et les centres communautaires. « J’ai été initié au yoga dans mes plus jeunes années, raconte-t-il, même qu’à l’école, on avait l’habitude de recevoir des swamis et des visiteurs. Il y avait des retraites partout dans la ville. J’en ai fait quelques-unes. Tout jeune, j’étais conscient de ce qu’étaient le bien-être et la forme. Souvent je soulevais des poids, je faisais beaucoup de choses, de la course, par exemple, et puis peu à peu j’ai été attiré par le yoga, parce que c’était quelque chose de très différent. Il y avait là un sentiment plus paisible, plus joyeux. C’était très réconfortant et j’essayais aussi de comprendre le sens profond de tout ça. Le yoga, pour moi, c’est un peu comme un cadeau qu’aurait offert l’Inde au reste du monde, à l’humanité.

Son impressionnant CV
Il a formé plus de 300 professeurs de yoga.
Il donne des cours à des femmes atteintes du cancer du sein.
Il est un savant érudit du Vedanta, possédant aussi un doctorat en médecines complémentaires.
Il est le fondateur et directeur de studio Yoga Bliss de Montréal.
Il a été le coach des Canadiens, l’équipe de Hockey de Montréal, jusqu’à la coupe Stanley.
Il a participé à des études scientifiques.
Il a contribué à des films documentaires sur le yoga.
Il a écrit des ouvrages dont Yoga for Taming the Mind Paperback en 2015.

1er projet scientifique de Dominique Lanctôt
Yoga et cancer du sein
«En 2004, Dominique s’est inscrite au doctorat en psychologie et veut mesurer scientifiquement l’efficacité de la méthode Bali chez les personnes subissant des traitements de chimiothérapie du cancer du sein», raconte le professeur de psychologie Gilles Dupuis, qui dirige la thèse de la doctorante.
L’étude est menée depuis octobre 2007 auprès d’une centaine de femmes qui ont subi une chirurgie partielle du sein ou qui suivent une chimiothérapie. Elles proviennent de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, de l’Hôpital Pierre- Boucher, du CHUM et de la Cité de la santé de Laval. Les docteurs Pierre Dubé de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont et Ginette Martin du CHUM participent à cette étude commanditée en partie par la Fondation du cancer du sein du Québec. Gilles Dupuis a fait une demande de subvention pour pouvoir poursuivre cette recherche et l’étendre, pour fins de comparaison, aux femmes ayant subi une mastectomie totale. Cette étude comparative sera réalisée par l’étudiante Annélie Ansestin dans le cadre de son doctorat. Les patientes participent à huit sessions de yoga, une fois par semaine, en petits groupes, pour une durée de 90 minutes. Entre chaque session, elles peuvent continuer à s’entraîner à la maison à l’aide d’un DVD. Leur qualité de vie et leur état de santé physique et psychologique sont évalués à l’aide de questionnaires avant et après l’expérience.

La méthode Bali
Gilles Dupuis, professeur de psychologie à l’UQAM, a supervisé deux thèses sur les bienfaits du yoga sur le cancer. Il a aussi entrepris une formation auprès du maître de la méthode Bali dans son centre de yoga, à Montréal. «Ce qui distingue la méthode Bali des autres méthodes de yoga, c’est d’abord le lien qu’elle établit entre le cerveau, l’esprit et le corps, explique Gilles Dupuis. Nos pensées et nos émotions influencent nos réactions physiologiques.» Par des exercices, les femmes sont amenées à développer des pensées positives qui les aident à reprendre le contrôle de leur corps et à mieux gérer le stress qui provient de la maladie et des traitements. «L’autre aspect distinctif de la méthode, poursuit le professeur, c’est qu’il n’est pas important d’exécuter parfaitement les postures de yoga. Les exercices doivent être faits dans le respect des limites du corps.» La méthode offre aussi des exercices spécifiques pour les femmes atteintes du cancer du sein. «Par exemple, après l’ablation des ganglions lymphatiques, les exercices peuvent aider à redonner de la souplesse au bras opéré», mentionne Gilles Dupuis. Le professeur pratique quotidiennement le yoga selon la méthode Bali. «C’est toujours utile d’avoir un tel savoir pour affronter les stress quotidiens. J’aimerais aussi développer un cours pour sensibiliser les étudiants à l’importance du lien corps-esprit.»

Cancer du sein: une approche complémentaire
Annélie Sarah Anestin a étudié l’impact du yoga sur les effets secondaires de la chimiothérapie.
Annélie Sarah Anestin s’intéressait déjà aux différents aspects de la psychologie de la santé. C’est grâce à son directeur de thèse, Gilles Dupuis, qu’elle a été amenée à collaborer à un projet de recherche entrepris initialement par la psychologue Dominique Lanctôt. Victime d’un cancer du sein, et ayant retiré des bienfaits du yoga, elle décide de faire une thèse de doctorat, sous la direction de Gilles Dupuis. Sa recherche portait sur l’amélioration des symptômes psychologiques et de la qualité de vie de patientes en chimiothérapie pratiquant le yoga. Annélie Sarah Anestin a réalisé une deuxième étude, portant sur les effets physiques.
« À côté de la toxicité gastro-intestinale causée par la chimiothérapie, qui entraîne nausées et vomissements, la fatigue est un enjeu important pour les patientes », note la psychologue. «C’est l’effet secondaire le plus souvent rapporté et, chez 30% des patientes, la fatigue peut persister jusqu’à un an après la fin des traitements.» Le but de sa recherche doctorale était d’évaluer les effets de la pratique d’un programme de yoga Bali sur ces effets secondaires.
«La pratique du yoga aidait les femmes à se sentir plus en forme, à avoir plus d’énergie. Elles souffraient moins de lourdeur. Le yoga a aussi amélioré leur motivation à s’engager dans des activités, alors que chez les femmes du groupe témoin, il y a eu une détérioration du niveau de motivation au cours de l’étude.»

Ce qu’il faut changer
Ses résultats, qui portent sur un petit échantillon, demeurent préliminaires, note la chercheuse. «Il faudrait faire des études à plus large échelle pour mieux documenter les effets et les limites de cette pratique», dit-elle. Celle qui est devenue instructrice de yoga pour compléter sa thèse souhaite réaliser de nouvelles recherches pour savoir dans quels cas, pour quels symptômes et pour quels types de cancer la pratique est la plus bénéfique. Selon la psychologue, il existe trop peu de données probantes sur les différentes pratiques complémentaires proposées dans le domaine de l’oncologie, que ce soit le yoga, l’art thérapie ou d’autres approches liées au bien-être. «Même si ces pratiques connaissent un essor important, les patients sont réticents à en parler à leur médecin parce qu’ils ne savent pas comment cela sera perçu et, du côté médical, on n’a pas tendance à aborder ce type de méthodes parce qu’on ne les connaît pas assez ou qu’on est incertain de leur efficacité.» Annélie Sarah Anestin insiste sur l’aspect complémentaire – plutôt qu’alternatif – de la pratique du yoga, qui ne remplace pas un traitement comme la chimiothérapie, mais qui peut améliorer la qualité de vie des patientes. «C’est une méthode qui n’est ni dangereuse, ni invasive et qui peut avoir un impact sur la qualité de vie même après la fin des traitements pour celles qui décident de continuer la pratique.»
sources : actualites.uqam.ca, huffingtonpost,

Dernière modification: octobre 29, 2018

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